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CEGIN, San Salvador de Jujuy (Argentine) "L'important, c'est que la santé soit accessible, pas qui la fournit"
C’est l’histoire du Dr. Jorge Gronda, un gynécologue argentin qui a refusé d’assister passivement au délitement du système de santé de son pays et à l’exclusion de populations à faibles revenus de prestations de santé de qualité. Une révolte qui a accouché d’un système alternatif, le système SER (être en espagnol), et lui a valu d’être primé par la fondation Schwab en 2006. Le système de santé en Argentine: l'histoire d'un naufrage Simon et Sebastien, tous deux gérants du système SER, nous plantent le décor.
Simon et Sebastian, les deux gérants de la fondation SER Erratique. Ainsi pourrait-on qualifier l’histoire récente du système public de santé en Argentine. De la dictature militaire des années 1960-1970 à la crise économique du début des années 2000, la politique de santé « oscille tel un pendule entre interventionnisme et néo-libéralisme ». Une tendance lourde se dégage cependant : celle du désengagement progressif de l’Etat, qui sonne le glas d’une santé accessible à tous. La réduction de certains postes de dépenses budgétaires n’a pas aidé. On a pu assister en effet à des coupes sombres dans le budget national alloué à la santé et, indirectement, au développement d’une offre privée de médecins libéraux. Les acteurs du système de santé argentin
· Les caisses de santé (obras) : ce sont les caisses publiques de santé, organisées par grandes professions ou CSP (catégories socio-professionnelles). Elles perçoivent les cotisations salariales et opèrent les remboursements des actes de santé basiques. Dans le système public, le patient ne paye rien lors de la consultation, c’est sa caisse de santé qui règle le médecin une fois que ce dernier a préalablement envoyé la feuille de remboursement remplie lors de la consultation. · Les médecins : dans les hôpitaux, ils disposent de peu de moyens pour prodiguer des soins de qualité ; dans le privé, ils gagnent mieux leur vie mais souffrent de situations d’abus de pouvoir par les obras (délai de remboursement long, allant de +30 jours à +120 jours après la consultation ; une certaine part des feuilles de remboursement sont rejetées sous prétexte qu’elles sont incorrectement remplies). · Les mutuelles (prepagas) : semblables à des polices d’assurance, elles couvrent des actes plus sophistiqués. Ce sont des organismes privés dont le prix mensuel peut aller jusqu’à 300 pesos par mois dans un pays où le revenu moyen est de 800 pesos/mois. Quelle santé pour les Argentins aujourd'hui?
· Les médecins sont malmenés : les médecins doivent encaisser un BFR (l’équivalent en argent du temps d’attente avant d’être remboursé par les caisses maladies) toujours plus important, ainsi que les détournement de fonds des caisses de santé corrompues. Une situation difficile pour les médecins, économiquement et psychologiquement parlant : « les médecins sont obligés de refuser de soigner des patients trop pauvres pour payer, et manquent d’appareils, de médicaments, pour prodiguer des soins dignes de ce nom. En refusant de soigner les plus pauvres et en désinvestissant dans les hôpitaux, on place les médecins dans une situation où ils violent, contre leur gré, le serment d’Hippocrate, c’est terrible ! », s’indignent nos interlocuteurs. La réponse du Dr. Gronda: une santé de qualité accessible Un modèle original
schéma de fonctionnement simplifié du système SER Ce système repose sur l’effet volume pour réduire fortement le prix des consultations et des actes médicaux tout en assurant un revenu honorable aux médecins. Pour devenir sociétaire, il suffit de s’abonner en payant une carte à l’année ou au mois. A l’année, la carte ne coûte que 10 pesos soit environ 3 $. La détention de la carte donne accès à un réseau de médecins affiliés offrant des soins de qualité et à un prix réduit. Fonctionnant initialement avec la CEGIN, le système SER a élargi la palette des soins couvertes pour englober aujourd’hui généralistes, ophtalmologues, dentistes, radiologues etc… . Les organismes affiliés sont chapeautés par la fondation SER (organisme à but non lucratif), dont le travail est de rechercher de nouveaux prestataires affiliés, gérer la base des sociétaires et travailler avec des ONG pour des opérations d’éducation et de sensibilisation. Un système win-win Dans le cadre de ce système, les patients bénéficient d’un bien meilleur traitement que des les hôpitaux publics : il sont libres de choisir le médecin, les dates de rendez-vous sont rapides, les soins personnalisés. Certes, la majorité des soins demandés (80%) sont des soins de type 1, soit des consultations basiques. Pour les prestations plus coûteuses dites de niveau 2 (19,5% des prestations : accouchement, appendicite…), les plus démunis ont accès à un système de micro-crédit géré par la fondation. Enfin, la réputation du réseau est tellement bonne que 50% des consultations sont pour des patients non sociétaires, qui acceptent de payer le prix fort. Les médecins affiliés à SER sont payés directement par le patient après la consultation et n’ont plus à lutter avec les caisses maladies pour se faire rembourser les consultations. Ils travaillent dans de bonnes conditions (investissement en matériel. …) et disposent d’un programme de formation tellement réputé que les jeunes médecins font des pieds et des mains pour rentrer dans le réseau ! « Le salaire moyen d’un médecin SER se situe autour de 4000 pesos par mois, ce qui est bien supérieur au revenu moyen des médecins du public », nous explique Simon. Quant aux organismes de santé affiliés, ils voient leur chiffre d’affaires augmenter et peuvent investir dans la modernistation de leurs appareils. L’Etat est gagnant lui aussi : le système SER soulage les files d’attente dans les hôpitaux et participe activement à l’amélioration du niveau de vie dans la province de Jujuy. La cerise sur le gâteau : la fondation SER est financièrement autonome, grâce à une fraction prélevée sur le paiement des cartes de sociétaires. Espoir...et doutes Un système qui se nourrit d'une lacune Une santé accessible: oui, mais jusqu'à quel point? Le système SER est au final une preuve supplémentaire que des initiatives privées peuvent pallier un déficit public avec brio. Mais s’il soulage le réseau public de santé, il ne résout pas entièrement la question de l’accès de la santé aux plus pauvres. Le Dr Gronda, conscient des limites du système, travaille avc ardeur à l’amélioration continue de SER, pour une santé accessible à tous. Sources :
- « Récupérer la santé », Raul Llobeta, édition Lumen : l’histoire du système SER relatée par un collaborateur du docteur Gronda. - INDEC (agence du recensement argentine) . - site de l’Ambassade de France en Argentine Annexe 1 : Prix de certaines consultations proposées par le réseau SER, comparé au prix du marché
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