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Dole Perou

 Dole Perou, Sullana (Pérou)

Petite histoire de la banane bio et équitable

On trouve de plus en plus de bananes « équitables » (50% des ventes en Suisse) et organiques sur les marchés.
Mais savez-vous comment elles ont été produites ? Et quels sont les enjeux sous-jacents ? Les producteurs de bananes équitables vivent-ils vraiment mieux ? Autant de questions qu’un consomm’acteur ne manque pas de se poser …
Dole, un de nos sponsors*, nous a donné l’occasion d’aller nous rendre compte par nous-mêmes du travail des différents acteurs de la filière de la banane bio, en prenant pour cadre d’étude la vallée de la Chira au nord du Pérou.

*Ecrire un article sur un sponsor : y’a t-il un conflit d’intérêt ?
Une semaine de rencontres avec des dirigeants de Dole Perou (COPDEBAN Peru), des responsables d’associations de commerce équitable locales, des producteurs de banane, des économistes de la chambre de commerce locale et avec un étudiant en agronomie faisant sa thèse sur le sujet … nous a permis, nous l’espérons, d’obtenir une vision objective de la production de banane bio et équitable dans la vallée de la Chira, notre article et nos conclusions se limitant à cet espace géographique et ce contexte.

Qui sont les producteurs de banane de la vallée de Chira ?
Les 5000 hectares de la vallée de Chira sont cultivés par 4500 producteurs, qui sont tous indépendants. Ils cultivent les terres de leur famille pour leur propre consommation et pour la vente (sur le marché national ou à l’exportation).
Cette vallée est propice au développement de la culture de la banane biologique, parce que l’humidité faible empêche le développement de la sigatoka negra, une endémie propre à la banane et combattue habituellement par des fongicides.


Vues de la vallée de Chira : villages – entrée de la communauté de Huangala – moyen de transport .

Pourquoi produire bio ? qu’est ce que cela signifie ?
Avant la conversion à une production biologique, le marché national péruvien de la banane était saturé, et les prix en chute libre. Il fallait trouver d’autres marchés pour absorber le surplus de production, et le gouvernement péruvien a pris l’initiative d’engager une conversion au biologique de la vallée. Cette conversion, facilitée par les conditions climatiques propices, permettait en effet aux producteurs de se différencier sur le marché international de la banane.

Le processus de production de banane bio ressemble au processus normal mais respecte certains critères additionnels :
• pas de pesticides chimiques,
• engrais naturels uniquement (guano …),
• système général de protection de l’environnement interdisant par exemple de brûler les feuilles de banane,
• économies d’eau : grâce au butch par exemple, un tapis de feuilles mortes retenant l’humidité,
• protection des plantations certifiées bio des autres en élevant des barrières naturelles : rangée de plantation vivrière par exemple…

Cliquez ici pour découvrir en photos le processus de production de la banane bio

A qui les producteurs vendent-ils leurs bananes ? A quel prix ?
Les producteurs de bananes conventionnelles les vendent sur le marché national, à des prix variables selon les saisons.
Les producteurs de bananes organiques les vendent à des entreprises exportatrices (Dole, Biocosta, Biorganica…) à un prix qui reste fixe sur l’année, et en moyenne plus intéressant que les prix du conventionnel.
Dans les deux cas, la production est vendue sur pieds (« fruta planta », avant l’étape de cueillette des régime), bien que certaines associations de producteurs soient en train de s’organiser pour maitriser l’étape de cueillette et de mise en cartons.

Quel est le rôle des exportatrices ?
Les exportatrices jouent plus ou moins le même rôle. Prenons l’exemple de Dole Pérou. Selon G Ricaurte, gérant :
  - Elle a avant tout un rôle logistique et financier : c’est elle qui se charge d’organiser le transport vers les marchés extérieurs, en engageant la trésorerie nécessaire et en assurant méventes et fluctuations financières. Elle se charge aussi de trouver de nouveaux clients.
  - Elle a également un rôle de contrôle : pour garder leur certification biologique (accordée par l’organisme « control union ») les exportatrices doivent vérifier que les producteurs respectent les critères de production biologique.
  - Elle se charge enfin de la formation des producteurs, le but étant d’assurer un transfert de compétences pour améliorer leur productivité (pourquoi ce souci de productivité ? Parce que le passage au bio se traduit par une baisse des rendements, qu’il faut pallier par une meilleure application de techniques agronomiques).

Un audit environnemental avec Daniel Gomez (employé Dole Pérou).

Pour pouvoir contrôler un producteur … il faut déjà le trouver ! Pas si facile quand les producteurs vaquent à leurs activités ou s’entraident d’une parcelle à l’autre … Daniel s’y reprend donc souvent à plusieurs fois avant de boucler ses programmes de visite…
Nous constatons qu’il connaît tous les producteurs par leur nom, et bien des détails de leur situation familiale… Il pose ses questions calmement : « quand as tu mis du fertilisant pour la dernière fois ? qu’as-tu mis ? as-tu brûlé les feuilles ? Et est ce que tu sais pourquoi il ne faut pas les bruler ? » Devant les réponses un peu confuses du producteur, il se veut rassurant et pédagogue : « si tu ne sais pas je t’explique… »
Aujourd’hui les producteurs font de l’organique pour gagner plus d’argent, pas pour protéger la nature », nous explique-t-il. « Le but de mes visites est aussi de leur donner conscience de l’enjeu environnemental, petit à petit ».
« Tu le fais parce que c’est ce pourquoi te payent les européens, ils te payent pour protéger la nature…. Mais tu le fais pour toi aussi, pour tes enfants…»

 

Quels sont les avantages du bio pour les producteurs ?

Les avantages sont financiers mais aussi organisationnels.
On estime* que les producteurs de bananes organiques gagnent entre 10% et 25% de plus que les producteurs de bananes conventionnelles. Un gain non négligeable qui permet aux producteurs d’améliorer leurs logements, s’acheter un moyen de transport ou encore une télé …
Pourquoi dans ce cas tous les producteurs ne passent-ils pas au bio ? Parce qu’il faut commencer par convertir son terrain, ce qui prend trois ans qui sont difficiles financièrement (baisse des rendements due à l’interdiction d’utiliser des engrais chimiques, stagnation des prix de vente car les bananes ne sont pas encore officiellement « bio » et sont donc vendues au prix des conventionnelles) et parce que cela représente beaucoup de travail (40% de temps supplémentaire).

D’un point de vue organisationnel, les producteurs estiment que la « sécurité » est leur principal acquis. Cela veut dire qu’ils n’ont plus besoin de chercher un acheteur tous les mois comme sur le marché du conventionnel (puisqu’ils ont un contrat de 1 à 2 ans avec l’exportatrice), qu’ils savent d’avance combien d’argent ils vont gagner à la fin du mois (grâce aux prix fixe), et qu’ils peuvent donc faire des projets ou souscrire à un crédit sans craindre de ne pouvoir le rembourser…

Quelques témoignages de producteurs.

 

• « nous sommes payés régulièrement »
• « c’est moins de soucis, c’est plus tranquille »
• « c’est un client prestigieux, qui ne risque pas de faire faillite du jour au lendemain »
• « On a un bon contrat »
• « grâce aux prix fixes, on peut prêter plus d’attention aux questions sociales et éducatives »
• « ca a amené la possibilité de faire des économies »
• « Les prix fixes c’est la sécurité, on peut se projeter en avant et avoir des projets. »

Dans ce contexte, comment fonctionne le commerce équitable ?
Le principe du
commerce équitable (« fair trade ») est de payer au producteur un prix juste pour son un produit.
Pour cela, le prix payé par le client final (vous et nous, dans les magasins) intègre une part plus importante versée au producteur. Concrètement chaque caisse de banane de la vallée de Chira vendue sur le marché de l’équitable génère une prime de 1$, payée par le client.
Cette prime n’est pas un gain supplémentaire allant directement dans la poche du producteur, car elle est versée à l’association à laquelle il appartient : elle a en effet pour but d’aider à développer des projets communautaires gérés par l’association. De leur coté, les membres de l’association s’engagent à gérer de manière transparente et démocratique l’argent reçu, et à respecter certains critères sociaux et environnementaux.

Délivrée par l’organisme FLO (fair labelling organisation) , la certification fair trade est valable pour toute la production des producteurs de l’association certifiée. Mais seule une partie de cette production est destinée au marché équitable (faute de demande), et génère ainsi une prime.

Dans le cas de la vallée de Chira, on compte une douzaine d’associations de producteurs, toutes cependant n’ont pas encore reçu la certification de FLO. Ainsi, certaines ne vendent pas encore leur production dans les conditions du commerce équitable.

Des producteurs membres de l’association APPBOSA

Les avantages d’une certification fair trade ?
Cela permet aux associations de se développer et prendre une certaine indépendance. Avec les primes reçues, les associations peuvent financer des projets sociaux pour la communauté (construction d’écoles, de puits, de dispensaires…) mais aussi apprendre à mieux s’organiser, créer des emplois (comptable ou secrétaire pour l’association…) et retrouver un peu de dignité.
Les producteurs de l’APPBOSA (Association des Petits Producteurs de Banane Organique, communauté de Saman et Annexes ), certifiée commerce équitable, nous ont ainsi fait part de leur fierté :
• « maintenant, les enfants voient l’intérêt qu’il y a à faire des études ».
• « nous sommes fiers de nous »
• « On est quelqu’un »
• « Les gens de la campagne ne sont plus dépréciés comme avant »


Photo : les locaux de l’association – un puits a été foré

Quel bilan ?
    - Aller plus loin
Les associations de la vallée ont été certifiées bien qu’elles ne respectent pas un des critères de certification : celui de vendre des produits « farm gate » (sortie de ferme, après l’étape de mise en carton). Vendre des produits farm gate permet en principe aux associations de gagner plus d’argent en vendant des produits qui ont plus de valeur ajoutée. Pour l’instant l’étape d’empaquetage est réalisée par une entreprise spécialisée.

La décision de certifier des associations de producteurs de la vallée vendant « fruta planta » a donc été prise à titre exceptionnel. Elle devait permettre aux associations de répondre à une forte demande internationale et de commencer à gagner de l’argent, ces premiers gains devant leur permettre de devenir plus autonomes dans le processus de culture de la banane et d’apprendre à maitriser l’étape d’empaquetage.

Dans une situation normale, FLO n’aurait pas de droit de regard sur l’utilisation de la prime tant que celle-ci est gérée de manière démocratique pour le bien de la communauté. Mais étant donné la situation, les associations sont actuellement fortement incitées à utiliser la prime de commerce équitable dans le but de construire des stations d’empaquetage, former du personnel, et apprendre à maitriser cette étape.
Actuellement, une seule association (APPBOSA) a franchi cette étape mais ne maitrise pas encore assez bien les procédés pour être bénéficiaire sur cette opération.
De manière globale, cela signifie qu’aujourd’hui, les producteurs ne bénéficient pas spécialement de la prime pour des projets plus sociaux ou éducatifs…

En conclusion …
En conclusion, les bénéfices de l’exportation et de l’agriculture biologique se font d’ores et déjà sentir dans cette vallée, en améliorant les revenus et les conditions de travail des producteurs. Les bénéfices du commerce équitable se font encore espérer, et il sera intéressant de se repencher sur cette vallée dans quelques années pour voir dans quelle mesure les associations ont pu prendre un peu d’indépendance et se sont penchées sur les problèmes primordiaux de l’éducation et la santé.

*d’après Nicolas Salliou, auteur d’un diagnostic agraire de la communauté paysanne de Chira

Sources :
Multiples rencontres et entretiens avec les personnes citées ci-dessous du 1er au 6 octobre 2007 au Pérou et en janvier 2008 en France.
Nos sincères remerciements :
Aux producteurs de diverses communautés de la vallée de Chira,
Pour l’APPBOSA : Santos Escobar Mena, président, producteurs membres
Pour Dole : Sylvain Cuperlier, directeur « responsabilité sociale de l’entreprise »,
Gustavo Ricaurte, gérant Dole Pérou ; Eugenio Guerrero, ingénieur Dole Perou, et Daniel Gomez, auditeur environnemental Dole Perou
Pour FLO : Nicolas Salliou
A la chambre de commerce de Sullana : Darwin Escobar, économiste

Liens :
Site APPBOSA  
Site
FLO-cert
Page du site Flo-cert traitant de l’APPBOSA  
Site Dole CSR