|
Evergreen Lodge, San Francisco
Un hâvre de paix ...engagé

Après the Greyston Bakery à New York (cf. notre article), c’est au tour d’Evergreen Lodge, complexe touristique situé dans le parc national du Yosemite, de nous démontrer qu’une entreprise peut allier rentabilité et aide à la réinsertion professionnelle. Jim Schorr, entrepreneur social en série et membre du Comité d’Administration d’Evergreen Lodge, a bien voulu nous expliquer les rouages d’un hôtel engagé.
Les origines du projet La scène se passe en 2001, dans le parc national du Yosemite, vaste ensemble de forêts et de montagnes réputé pour la beauté de ses paysages et une Nature hautement préservée. 3 jeunes amis se balladent dans un des hauts lieux du tourisme vert aux USA. Ils s’appellent L.Zimmerman, B.Anderluth et D.Braun et sont liés par le désir de lancer un business qui vienne en aide aux personnes défavorisées. Au cours de leur promenade, ils tombent soudain sur un petit hôtel en vente, constitué de petits châlets en bois. C’est le coup de foudre. Ils décident de reprendre l’affaire et d’en faire un « lodge » intégré dans l’environnement naturel. Après avoir trouvé les fonds nécessaires à la reprise, nos 3 compères agrandissent le lodge, qui passe de 18 à 75 petits châlets en bois dispersés sur une propriété de plus de 6 hectares.

Evergreen Lodge (Source : site web)
Un objectif social : Former des jeunes issus de zones défavorisées Rien de bien palpitant jusque là…Sauf que Evergreen Lodge ne se contente pas d’étoffer l’offre hôtelière dans un site exceptionnel. Elle a en effet intégré un objectif social en formant des jeunes apprentis issus de zones défavorisées. Depuis 2002, l’hôtel travaille main dans la main avec Juma Ventures, une organisation « non-profit » que Jim (notre interlocuteur) a contribué à fonder en 1994 (Juma Ventures aide les jeunes issus de zones défavorisées à reprendre leurs études et/ou à trouver un emploi ou une formation professionnalisante.) Actuellement, 1/3 des employés d’Evergreen Lodge sont recrutés grâce au partenariat avec Juma Ventures.

Une apprentie (Source : FSB, dec./janv. 2007)
Leur profil : entre 17 et 20 ans, originaires de quartiers défavorisés de San Francisco et Oakland et un début de vie difficile (ils ont en général abandonné leurs études tôt, pour entrer dans des gangs ou ils sont exposés aux dealers et à la violence de la rue, d’où leur difficultés à trouver un emploi…) Au sein d’Evergreen Lodge, ces jeunes ont l’opportunité de travailler en tant qu’apprentis pendant un an. Un instructeur a été embauché à temps plein pour leur assurer une formation professionnalisante. Durant leur année d’apprentissage, les jeunes perçoivent un salaire et à son issue, c’est en professionnels des services hôteliers qu’ils sont embauchés -par Evergreen Lodge ou par d’autres structures. Evergreen Lodge leur aura permis de gagner leur vie tout en acquérant une formation.
Un modèle qui marche Du côté de la mission sociale : près de 40 jeunes ont pu profiter du programme depuis 2002, et à partir de 2007, le programme va porter le nombre de nouvelles recrues à 20 par an. On change de régime ! La plupart de ces jeunes trouvent un emploi à plein temps à la sortie, grâce à la formation et à l’expérience dont ils sortent enrichis (nous attendons encore les taux de placement exacts de ces jeunes que nous espérons vous communiquer au plus vite). Par ailleurs, l’hôtel affiche une belle vigueur commerciale : le taux d’occupation est constamment supérieur à 90% (mais cela tient aussi à la rareté de l’offre hôtelière sur place). En 2006, le CA annuel avoisinait les 4m$ et l’entreprise a distribué des bénéfices pour la première fois cette même année, malgré les coûts liés à la formation des apprentis (environ 150 000 $ par an). Cela ne peut que réjouir les actionnaires de l’entreprise. Mais qui sont-ils au juste?
Une joint venture pas comme les autres A la question « Qui sont les actionnaires d’EL et pourquoi investissent-ils dans l’entreprise? », Jim marque un temps d’arrêt et nous répond, les yeux pétillants : « La structure actionnariale d’EL est des plus originales aux USA. Les fondateurs détiennent près de 50% du capital, d’autres personnes –morales et physiques- se partagent quelques parts, mais ce qu’il faut relever, c’est que Juma Ventures est actionnaire ! ». Nous lui faisons part de notre étonnement : Juma Ventures n’est-elle pas une entreprise sociale à but non lucratif ? Jim nous explique alors que ce statut ne lui empêche pas d’être actionnaire d’Evergreen Lodge, son partenaire (car c’est JV qui se charge de « fournir » les jeunes à EL). Les bénéfices qu’elle touche en tant qu’actionnaire sont défiscalisés puisque tous ces revenus seront automatiquement réinvestis dans l’organisation. En d’autres termes, une « non profit » peut devenir actionnaire, toucher des dividendes, à condition que ces dividendes soient intégralement investis au profit des projets de l’organisation. « Au sein de Juma Ventures, nous avons décidé d’être actionnaires d’Evergreen Lodge parce que, d’une part, nous voulions apporter notre soutien à une entreprise dont le développement est une bonne chose pour nous, mais aussi parce que l’investissement était financièrement intéressant ! ». Vrai. Avec une rentabilité de 10%, plus de raison de se priver d’investissement socialement responsable !
Petit précis sur la différence entre « for profit » et « non for profit » Vous l’aurez compris, aux USA, la limite entre une association à but non lucratif et une entreprise sociale est ténue. La différence la plus patente réside dans le fait qu’une « non for profit » peut investir dans des entreprises ou dégager elle-même des profits, mais ces revenus ne peuvent en aucun cas être distribués à des personnes physiques (actionnaires, salariés…). Tout doit être réinvesti dans l’organisation. Sources :
Entretien avec Jim Schorr, fondateur de Juma Ventures et administrateur d'Evergreen Lodge – le 11/09/07 à San Francisco le site web d’Evergreen Lodge le numéro décembre 2006/janvier 2007 du magazine « Fortune Small Business »
|