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Grameen-Danone

Grameen Danone (Bogra, Bangladesh)

Le pionnier de la santé par l’alimentation …pour tous !

Réduire la pauvreté en apportant une alimentation saine tous les jours, c’est la nouvelle ambition de Franck Riboud, l’infatigable P-DG de Danone. Et quand Frank rencontre Muhammad, de son nom Yunnus, chantre du micro-crédit et fondateur de la Grameen Bank, ce sont 2 visions humanistes qui se rejoignent. Pour créer Grameen Danone, un producteur de yaourts enrichis à destination des populations pauvres du Bangladesh. C’était en 2006.

Pendant 8 mois, entre 2006 et 2007, Sylvain, Nicolas et Guillaume, 3 jeunes français embauchés par Danone, ont participé à la mise en place de la première usine Grameen Danone à Bogra, dans le nord du Bangladesh. Construction des locaux, recherche des fournisseurs de lait, organisation de la distribution…Ils nous expliquent les grandes étapes du processus. Et éclaircissent pour nous quelques-uns des rouages de ce nouveau modèle d’entreprise chez Danone.

Alter Case : Pourquoi avoir lancé la première expérience de ce type au Bangladesh ?

Sylvain, Nicolas et Guillaume : Pour sa première offre BOP , Danone n’a pas laissé le choix du pays-pilote au hasard. Il fallait un pays peuplé, pauvre, mais disposant de suffisamment de ressources pour lancer une production avec des moyens locaux.

Le Bangladesh remplissait ces critères: c’est un pays densément peuplé, avec une population jeune et pauvre confrontée à une malnutrition chronique. Dernier élément : il y a des vaches au Bangladesh, il est donc possible de s’y approvisionner en lait.

Quelques chiffres sur le Bangladesh

Population      

144 millions (41% a moins de 14 ans) 

Superficie 140 000 km2                                            
Revenu moyen (par tête) 2 €
Taux de malnutrition chronique chez les enfants Entre 25% et 40%, selon les régions

La famine est rare mais du fait de la malnutrition, on observe une forte occurrence de pathologies directement liées aux carences alimentaires (comme le crétinisme).
Danone a ainsi estimé que le besoin d’un yaourt enrichi à bas prix existait, et qu’il pouvait améliorer la santé de populations pauvres. Ce besoin n’est pas satisfait par l’offre locale de yaourts, très sucrés, non enrichis et qui sont plus des aliments de fête.

Concrètement, en quoi consiste le partenariat entre Danone et la Grameen Bank ?

C’est plus qu’un partenariat, car les 2 entreprises se sont associées pour créer une « joint venture » (JV, une entreprise conjointement détenue par Danone et Grameen Bank). Dans cette union, chacun apporte son savoir-faire :

    1. Danone apporte sa capacité de recherche et développement en nutrition, son expérience industrielle, son contrôle qualité et ses billes en marketing
    2. La Grameen Bank, elle, apporte son savoir-faire en micro-crédit, son vaste réseau de distribution couvrant la quasi totalité du territoire et sa capacité à sensibiliser le grand public.
    3. Enfin, l’ONG
    GAIN conseille la JV sur le thème de la nutrition

Comment ça marche ?

Pour simplifier, il y a 3 étapes à gérer : l’approvisionnement en lait, la production et la distribution.

    1. Les fermiers partenaires déposent leur volume de lait quotidien à des centres de collecte.
    Un des fermiers approvisionnant Grameen Danone en lait*

    2. L’usine récolte le lait depuis ces centres où il est contrôlé

    3. Le lait est pasteurisé dans l’usine et sert à produire les yaourts

    4. Les pots de yaourts sont répartis entre les 2 types de distribution, vente en porte à porte et magasins

    5. Les pots sont distribués en épiceries et via notre réseau de « Grameen Ladies », qui font la tournée en porte à porte dans leur périmètre

L’usine produit maintenant environ 10 000 litres de yaourts par jour et emploie 50 personnes.

Les Grameen ladies

 


Une Grameen lady*

Pour atteindre la population visée, majoritairement rurale, la Grameen Danone a estimé qu’il était primordial de coupler la vente en épiceries avec la vente directe. Elle s’est donc associé à des femmes pauvres issues de la zone pour aller distribuer les produits en porte à porte. Environ 250 Grameen Ladies ont été recrutées grâce aux réseaux de la Grameen bank. Une fois formées, l’entreprise leur met à disposition des solutions de micro-crédit pour préfinancer les tournées de yaourts. Les Grameen Ladies ne sont pas des employés de l’entreprise ; elles sont rémunérées à la commission (environ 1 taka de bénéfice sur chaque pot vendu à 5 takas). Actuellement, les Grameen ladies vendent en moyenne 40 pots par jour en 4 heures de travail environ.

 

Quelles sont les caractéristiques du modèle d’entreprise de la Grameen Danone ? Et ses impacts économiques, environnementaux et sociaux ?

Ce modèle au Bangladesh est unique en son genre dans l’univers Danone : il est fondé sur la proximité, la durabilité des ressources et le souci de bénéficier socialement à la communauté.

L’usine et globalement tout le système ont été étudiés pour :

    - Améliorer les conditions de vie de la communauté en les impliquant à chaque niveau du processus : les employés viennent de la région, on fait affaire avec les petits fermiers de la région, ce sont des femmes pauvres de la zone qui font les Grameen ladies…Un des buts étant de limiter l’exode rural.
    - Améliorer la santé des consommateurs visés : le yaourt Shakti Doi (« qui rend plus fort »)assure à lui seul 30% des besoins journaliers d’un enfant en vitamine A, fer, zinc et iode. Moyennant 5 takas (le prix de vente d’un pot, équivalent à 0,05 cts € soit 3% du revenu journalier moyen), les clients peuvent consommer un produit qui fortifie leur santé et contribue ainsi indirectement à la baisse des pathologies usuelles dans ce pays.
    - Préserver les ressources naturelles au niveau de la production: l’eau de pluie est récupérée, nous préchauffons l’eau à l’aide d’un chauffe-eau solaire, nous avons sur place un mini-site de traitement des eaux usées, les gaz de fermentation sont récupérées pour en faire de l’électricité.

Bassins de récupération d'eau de pluie (premier plan) et mini-centre de traitements des eaux usées (second plan)*

Chauffes-eau solaires*

Ainsi, l’usine est une usine à rayonnement local, que ce soit pour l’approvisionnement, la production ou la consommation.  Le périmètre de rayonnement de l’usine est ainsi estimé à 25 km.

Les petits producteurs de lait
500 fermiers fournissent le lait nécessaire à la production des Shakti Doi. Comme les Grameen ladies, ils proviennent de la communauté environnante. Certains d’entre eux ont pu bénéficier de solutions de micro-crédit pour s’acheter une vache supplémentaire. L’entreprise paye le lait à un prix supérieur au cours du marché et garantit les volumes achetés.

Comment faîtes-vous connaître le produit auprès des populations que vous ciblez ?

Dans notre contexte, le « mass marketing » (reposant sur des médias comme la TV, les journaux, Internet…), c’est à laisser dans les cartons ! La télé est loin d’être présente dans tous les foyers. Ici, ce qui marche, c’est le marketing de proximité, qui s’appuie sur les événements de la vie sociale et religieuse et est fondé sur les leaders d’opinion. C’est vrai que Danone n’a pas l’habitude de ce genre de marketing, mais heureusement la Grameen est là pour nous appuyer.

Premier bilan ?

Ce qui est sûr, c’est que le produit plaît et gagne à être connu – en 8 mois les ventes ont été multipliées par 5, mais il nous reste encore quelques soucis de distribution et d’approvisionnement, du coup, le modèle n’est pas encore rentable. Or c’est la condition sine qua non pour répliquer ce modèle ailleurs au Bangladesh, voire dans d’autres PVD. Un enjeu plus qu’enthousiasmant !

***

Sources :

    - Témoignage de Sylvain Romieu, Nicolas et Guillaume
    - Interview de M.Marchant, responsable du fonds Danone Communities, pour Terra Economica          - Source complémentaire : Wikipédia ("quelques chiffres sur le Bangladesh") 

*Crédits photos : site Danone communities

NB : nous vous recommandons de parcourir le blog Danone Communities, ou vous pourrez lire des témoignages des employés sur le fonctionnement du projet, du type "une journée avec un vendeur de yaourt " ...