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Tata BP Solar, Bangalore (Inde)
Le pétrolier qui vante les énergies renouvelables

BP, vous connaissez ? Anciennement « British Petroleum », « Beyond Petroleum » (« Au-delà du pétrole ») se veut aujourd’hui fournisseur d’énergie, et pas (uniquement) de pétrole. Nuance. Tout en poursuivant l’exploitation de champs de pétrole et les activités de raffinage, l’entreprise investit dans l’énergie d’origine renouvelable, énergie solaire en tête. Sa filiale BP Solar compte 5 sites de production de panneaux solaires à l’échelle mondiale, dont une en Inde. Nous sommes allées la visiter. En Inde, BP Solar s’est allié au puissant groupe local Tata pour devenir le plus grand fabricant de panneaux solaires du pays avec plus de 100 employés et un CA de 100m€. L’usine, située près de Bangalore, fabrique les cellules et les panneaux, destinés à la fois au marché indien et à l’export (environ 2/3 des ventes en valeur). Du concentré de technologie au service d’une division qui devient stratégique au sein de BP.
BP à la conquête de l’eldorado indien 300 jours d’ensoleillement par an. 50% de la population sans accès à une source stable d’électricité. S’il y avait un marché prometteur pour le solaire, c’était bien l’Inde ! BP l’a vite compris, puisqu’elle s’y implante au début des années 1990, mue par 2 objectifs. La première est de monter sur place une usine de production de panneaux solaires (panneau solaire = assemblage de cellules photovoltaïques). La seconde est de pénétrer un marché local déjà prometteur. «L’Inde, outre son profil climatologique favorable au solaire, a ceci d’intéressant qu’elle recèle une main d’œuvre très qualifiée pour un coût compétitif», explique Mark Twidell, directeur chez BP qui gère l’intégration en Inde. En prenant soin de s’associer à un acteur local, le puissant groupe TATA (désormais propriétaire des marques Rover et Jaguar !), BP Solar met toutes les chances de son coté pour attaquer un marché réputé difficile à pénétrer pour les entreprises étrangères. Chacun des 2 partenaires a apporté du capital, BP rajoute dans la balance son réseau commercial en Europe ainsi que sa R&D, Tata sa connaissance du marché (et des autorités) en Inde ainsi que la gestion opérationnelle. Les 2 partenaires ne lésinent pas sur les moyens : pour passer d’une capacité de production annuelle de 50 MW à 128 MW d’ici fin 2008, ils viennent de lever 78 millions de dollars. Ce qui confortera l’entreprise dans sa position de leader indien et asiatique.
Visite guidée dans l’usine de fabrication des panneaux solaires Tata BP Solar
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Nous sommes à « Electronic city », le quartier high-tech de Bangalore. Le site Tata BP Solar ressemble à une base de la NASA. Sas de dépollution avec hottes aspirantes de micro-particules, blouses blanches de rigueur et installations d’une sophistication folle. Le processus de fabrication des cellules photovoltaïques est suffisamment complexe et sensible pour que les visites soient rarement autorisées. Tout commence avec la plaque de silicium purifié, sorte de petit carré ultra-fin. Ce carré subit une myriade de traitements chimiques qui le transforment en un mini-générateur de courant, avec un circuit imprimé sur une face. Chaque plaque est testée à la fin de ce processus, afin de mesurer sa capacité (en moyenne de 2,3 W), puis envoyée vers une autre partie de l’usine, où les cellules sont assemblées en panneaux.  Suivant le nombre et la capacité des cellules montées sur un panneau, ce dernier aura une capacité plus ou moins importante.
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Le solaire trop cher ? Les énergies d’origine renouvelable sont-elles trop chères? « Pas forcément, nous répond M. Twidell, en Inde le solaire est l’alternative la moins chère pour les populations en zone reculée, sans accès au réseau électrique. Aujourd’hui dans ce pays, 50 GW sont produits chaque année par des générateurs diesel. Ces générateurs ont une durée de vie de 7 ans et le kWh revient à 0,4-0,5 dollars, sachant qu’en plus le diesel est subventionné par l’Etat. Le solaire coûte moins cher! Car la cellule n’est amortie qu’au bout de 25 ans ».
Cependant, il est vrai que la principale barrière au solaire reste le coût de l’investissement. Une piste de réflexion pour BP : «Nous cherchons à baisser les prix des du solaire de deux façons». D’une part, seul 30% du prix final d’un système solaire correspond au prix des panneaux, le reste du prix couvrant l’installation, la marge du distributeur, la batterie. «Il y a encore des progrès à faire sur les coûts de ces autres composantes, ce qui pourrait permettre à terme de baisser les prix». D’autre part, le coût des panneaux solaires peut également être diminué. La R&D de BP Solar planche sur diverses pistes dont l’amincissement des cellules (conserver le rendement en utilisant moins de ressources, notamment moins de silicium), l’amélioration de la performance énergétique des cellules ou encore la diminution des rejets pendant la production.
Enfin, l’entreprise travaille actuellement à un système de location qui permettrait aux clients de ne payer qu’un droit d’usage et non pas le matériel. Ce qui est dans l’air de l’économie de fonctionnalité.
Quelle place pour les énergies renouvelables au sein de BP ? Qui sont les clients de l’entreprise ? Le segment « off grid » (hors réseau) avec plus de 50% du CA actuel, arrive en 1ère position. Selon M. Twidell, la croissance future viendra des compagnies de production et de distribution de l’électricité, qui, pour l’heure, ne pèsent que 5% dans le CA. Il invoque 3 facteurs : le prix des énergies traditionnelles, engagé dans une tendance durablement haussière, le marché carbone et toutes les incitations aux énergies vertes. En attendant, il y a un véritable travail d’information pour convaincre les clients ou les pouvoirs publics d'adopter la solution solaire. Mais il n’y a pas qu’eux à convaincre, il y a aussi…les actionnaires de BP !
Car développer ces énergies coûte cher, et l’argent est en partie celui des actionnaires, qui ont des attentes de rentabilité bien particulières. «Cela fait 20 ans que BP Solar est profitable, et elle le serait même sans les subventions publiques». Mais profitable comment ? «On est moins profitable que les activités traditionnelles de BP. Notre rentabilité tourne autour de 5% quand celle des activités liées au pétrole et au gaz se situent entre 7% et 12%». C’est pour cela que l’énergie d’origine renouvelable reste d’ampleur confidentielle chez BP : le CA de BP Solar est de 1 M$ quand le CA du groupe est de 250 M$. «Nous sommes arrivés à un compromis avec les actionnaires, qui est de commencer à investir dans ces énergies du futur sans entraver la rentabilité globale du groupe. C’est une question d’information et d’éducation presque. Il faut expliquer à l’actionnaire que c’est un investissement qui sera fructueux à long terme. La rentabilité est moindre certes mais elle est positive, et BP Solar est l’entité qui a la croissance la plus forte : plus de 30% par an ! Du coup, les actionnaires « tolèrent » cette diversification.»
BP Solar est peut-être la preuve que l’on peut être audacieux même si l’on est détenu à plus de 70% par des fonds de pension. A bon entendeur !
Le message de Mark Twidell :
“Bonjour, votre question porte sur mon opinion sur l’appartenance de BP Solar au groupe BP (un pétrolier). BP est à la base une entreprise d’extraction et de vente de pétrole et de gaz ; elle est présente sur ce marché depuis plus de 100 ans ! Mais BP ne se voit pas uniquement sous cet angle, elle se voit plus globalement comme un fournisseur d’énergie, dont la mission est de fournir des solutions énergétiques fiables et à un coût abordable. Aujourd’hui, l’énergie solaire est l’énergie la plus économique pour les personnes vivant dans les zones reculées sans accès au réseau électrique. L’énergie solaire a donc un rôle social fort à jouer. D’autant plus qu’il y a une demande croissante pour des énergies plus vertes, plus propres, qui n’émettent pas de CO2, et que les énergies fossiles deviennent de plus en plus coûteuses à exploiter. Pour toutes ces raisons, l’énergie solaire sera demain, d’ici 20, 50 ou 100 ans, une composante importante de l’offre énergétique. En y investissant dès aujourd’hui, BP se positionne à la pointe des solutions du futur ».
Annexe : l’énergie solaire : comment ça marche ? De façon très simplifiée, en percutant les cellules photovoltaïques recouvertes d’un matériau dit semi-conducteur, les rayons solaires génèrent un courant électrique continu. L’intensité de ce courant dépend de plusieurs facteurs : position du panneau par rapport aux rayons, conductivité du matériau constituant la cellule… Aujourd’hui, la plupart des panneaux solaires sont faits à partir de silicium purifié. Du fait de certains phénomènes comme l’effet Joule (un phénomène de perte de chaleur), la puissance électrique restituée par la cellule est inférieure à la puissance contenue dans les rayons qui l’atteignent. Actuellement, le rendement énergétique moyen d’une cellule commerciale est de l’ordre de 15 à 25%. Traduction : si l’on place une cellule d’une surface de 1m2 face à des rayons qui « apportent » 100W, on ne récupère en sortie de la cellule que 15 à 25 W. Ce rendement peut paraître faible mais il s’améliore constamment grâce à la recherche. L’énergie solaire peut également servir à chauffer de l’eau grâce à des chauffes-eau dits «solaires». Dans ce cas, l’énergie thermique reçue n’est pas transformée en énergie électrique; elle sert directement à réchauffer l’eau
Sources :
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