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The Greyston Bakery

 

The Greyston Bakery, New York

 

Le brownie social 

 

Qui ne s’est jamais régalé en dégustant une glace Ben&Jerry’s « vanille noix de pécan brownies », ou Haagen Dazs «vanille caramel brownie», devant un bon film en plein été ?
Et qui n’a jamais cherché une bonne excuse pour ouvrir le deuxième pot ?
En voilà une : saviez-vous que que ce faisant, vous contribuez à aider une ville Nord Américaine à sortir du marasme, en permettant de redonner un emploi à des personnes qui s’étaient peu à peu marginalisées ?!
N’hésitez plus à vous faire plaisir !

C’est ce que nous explique Julius Walls Jr, P-DG de the Greyston Bakery, un pot de glace à la main…
« Nous n’employons pas des gens pour faire des brownies, nous faisons des brownies pour créer des emplois » Et voilà bien toute l’originalité de cette entreprise : depuis 25 ans, elle fournit un emploi aux « hard-to-employ » d’une des zones les plus défavorisées de l’état de New-York (le Yonkers, d’où sont issus 90% des 55 employés actuels) et réinvestit ses bénéfices dans des projets sociaux portés par la fondation Greyston.

"Nous donnons une chance à tout le monde"
A la base de ce modèle original, un concept-clé : l’ «open hiring policy». Comprenez : une politique d’embauche volontaire, visant à donner sa chance à tout le monde indépendamment de la formation, du casier judiciaire ou de l’aisance orale. Premier arrivé, premier servi pour reprendre une célèbre expression … Il suffit de se présenter pour recevoir un numéro sur la liste d’attente, et être embauché le moment venu, sans entretien. Finalement, la seule sélection sera la capacité du postulant à se rendre tous les jours sur la ligne de production, en respectant les horaires, en restant courtois et en supportant la chaleur ambiante … Ce qui n’est pas donné à tout le monde : près d’un employé sur trois ne reste pas plus de 6 mois.
Pourtant, tout est fait pour aider les employés à retrouver un rythme de vie normal (certains sortent de prison, étaient sans-abri…), et de l’ambition pour leur avenir. En sus d’un salaire « décent » (sur le principe du commerce équitable : un salaire qui permette de vivre correctement, donc au-dessus du minimum imposé par la loi), les employés bénéficient d’un véritable coaching personnalisé : formation (la plupart commencent comme apprentis, puis évoluent vers de postes plus responsabilisants), conseils pour la vie quotidienne (gestion des crédits…), opportunité de faire appel à la fondation pour faire rentrer son enfant à la crêche ou demander une place en logement social, attribution de bourses pour reprendre des études … Julius se targue de connaître chaque employé par son prénom !
Son ambition : « Je voudrais donner à mes employés l’opportunité de décider de ce qui est le mieux pour eux. De se demander ce qu’ils veulent vraiment faire de leur vie ». Hors de question donc de les retenir pendant des années : « s’ils pensent qu’ils ont fait leur temps à Greyston, nous les aidons à trouver un emploi ailleurs ». Ainsi, pour la plupart des employés, The Greyston Bakery est un formidable tremplin, qui leur permet de reprendre confiance en eux, d’acquérir une formation, et de se lancer par la suite vers l’activité de leur choix.
Régulièrement, un rapport est fait par l’entreprise pour savoir ce que deviennent ses anciens collaborateurs : parmi ceux qui ont eu l’opiniâtreté de rester plus d’un an, plus de 60% ont repris des études pendant ou après être passés par Greyston.

"Nous ne pouvons pas ne pas être les meilleurs"
Pas question pourtant de jouer de cette politique pour vendre les brownies ! Julius est formel : « Nous ne voulons surtout pas susciter la pitié : nous voulons être respectés pour ce que nous faisons : les meilleurs brownies d’Amérique. » Et ce n’est pas un hasard si deux employés travaillent à temps plein sur l’amélioration de la recette ! La qualité des brownies a séduit Ben and Jerry’s et Haagen Dazs, les fameux fabriquants de glace. The Greyston Bakery a même réussi à devenir le fournisseur exclusif de Ben&Jerry’s, leur livrant 6 tonnes de brownies par jour (sur les 9 tonnes produites quotidiennement). Pourtant, Greyston n’est pas le moins cher du marché, loin de là, mais un effort important a été fourni sur la qualité du produit.
Grâce au succès commercial de ses produits haut de gamme, l’entreprise atteint le point mort en 1997, et passe de 4,1m$ de CA en 2001 à 6,3m$ en 2007. En 2001, l’entreprise enregistra même une marge nette de 10%, un exploit sur un marché à 4% de marge nette en moyenne.
Comme l’explique Julius, atteindre la rentabilité était une garantie d’indépendance (financière), mais aussi une preuve que les double bottom line businesses sont tout à fait viables ! «Je me devais de réussir au moins aussi bien que mes concurrents »

"En octobre, on lance les Do-Goodies !"
Chaque année, les bénéfices sont réaffectés selon une ligne directrice claire découlant des valeurs de l’entreprise. En général, ils servent à alimenter la fondation, dont le budget de 3,6m$ en 2006 a permis de venir en aide à plus de 1500 personnes.
Cette année, une part importante des bénéfices sera réinvestie dans un ambitieux projet de développement commercial. Dans l’optique de booster ses profits et de réduire sa dépendance envers Ben&Jerry’s, The Greyston Bakery lance une nouvelle gamme de brownies, les « Do Goodies », qui seront distribués dans les grands magasins.
Si l’on demande à Julius de conclure, il répondra modestement qu’il est très fier de tout ce qui a déjà été fait, mais qu’il est conscient qu’il a encore beaucoup de travail devant lui. Il nous livre sa vision de l’entreprise d’ici 5 ans : « The Greyston Bakery fera 10m$ de CA,, comptera plus de 200 employés et disposera d’un second site de production ». Son ambition : gagner plus d’argent pour… plus en redistribuer.

 Avant de nous quitter, il nous exhorte à gouter un de ses délicieux Do-Goodies (ça tombe bien, car l’odeur qui nous chatouille les narines depuis un bon moment nous a mis l’eau à la bouche …) et tient à s’exprimer en direct :

    Bonjour depuis la Greyston Bakery, dans le Yonkers, à New York, aux Etats-Unis ! Mon nom est Julius et je voulais vous encourager à travailler ou à monter une entreprise engagée comme Greyston. Vous pouvez continuer à gagner votre vie, pas la peine d’y renoncer, vous pouvez faire le bien et bien vivre (« do good and do well ») en même temps. De mon côté, j’ai toujours réussi à gagner assez d’argent pour bien vivre, ma famille ne manque de rien, mais j’ai aussi la satisfaction de savoir que j’ai joué un rôle dans la vie d’autres personnes, je les ai aidés à grandir et à prendre soin de leur famille. Vous pouvez faire le bien et bien vivre. Ne choisissez pas seulement de gagner autant d’argent que possible, choisissez d’avoir une vie épanouissante !

    Longue vie aux Do-Goodies !