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Tudo Bom ? , Goioere et Petrópolis (Brésil), Paris (France)
Quand mode rime avec lutte contre la pauvreté

Fermez les yeux et imaginez…Copacabana sous le soleil, les rires des enfants qui défient les vagues et du lait de coco à profusion : vous voilà transportés dans l’univers TUDO BOM ?, une marque française de vêtements équitables et en coton biologique, créée en 2005. Vectrice de joie de vivre brésilienne, TUDO BOM ? (« ça va ? » en portugais) a ceci d’unique qu’elle est l’une des seules marques vestimentaires équitables françaises à avoir monté sa propre filière d’approvisionnement et de production. Après en avoir rencontré les principaux acteurs (des producteurs de coton, le gérant de la filature, des couturières, les responsables français), nous vous livrons quelques explications sur une démarche ambitieuse et sans complaisance, qui intègre à la fois le souci de l’équité et le respect de l’environnement. Prêts pour une immersion dans le monde TUDO BOM ?
  
La filière TUDO BOM ?, de A à Z
«Nous voulons faire du commerce équitable un véritable outil de lutte contre la pauvreté» explique Thomas, le directeur adjoint de Fair Planet. L’exigence de l’équipe de Fair Planet, l’entreprise qui détient la marque TUDO BOM ?, se traduit par une démarche minutieuse, qui englobe quasiment toutes les étapes de la chaîne. De la production du coton au design des vêtements, du suivi des couturières à la distribution, Fair Planet est présente : elle peut ainsi s’assurer plus facilement du respect de ses principes, à savoir justice, transparence et préservation de l’environnement. L’entreprise mesure l’impact économique, social et environnemental de chacun des processus, et s’efforce de les améliorer continuellement.
A la source de la filière: le coton biologique Depuis 2005, Fair Planet travaille avec la CooperCoagel, une coopérative de producteurs de coton en conversion biologique, dans l’état du Parana (sud-ouest du Brésil). Aujourd’hui, la coopérative compte une trentaine de producteurs, contre dix au début. TUDO BOM ?, avec Veja, fut leur premier client pour le coton en conversion. En parallèle, l’entreprise s’approvisionne auprès de producteurs du Paraguay qui sont déjà certifiés biologiques.
Le processus de conversion vers l'agriculture biologique
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Quand un agriculteur décide de produire biologique, il passe par une période de transition, généralement longue de 3 ans, aussi appelée phase de conversion. Même si durant cette phase, l’agriculteur applique les règles de l’agriculture biologique (pas de pesticides, pas d’OGM, pas d’engrais chimique), sa production n’est pas encore considérée biologique, car l’on estime que la terre n’a pas totalement « digéré » les produits chimiques répandus dans le passé, avant la conversion. La phase de conversion est une période délicate : du fait de l’impossibilité d’utiliser des engrais et pesticides chimiques, les rendements chutent et les prix, quoique plus élevés que les prix des produits conventionnels, ne sont pas encore au niveau de ceux du biologique. Par ailleurs, les cultures deviennent plus vulnérables aux épidémies. En 2006 par exemple, une épidémie a durement sévi dans le Parana, mettant les producteurs de la Coopercoagel face à un dilemme : devaient-ils prendre le risque de perdre toute leur culture en s’abstenant de répandre un remède chimique ? Au final, Fair Planet leur a donné le feu vert pour faire une unique application de produits chimiques. «Ca nous faisait perdre un an dans le processus de conversion, mais c’était ça ou tout perdre», commente Thomas. |
Pour contrer le développement galopant d’une agriculture extensive et gourmande en intrants chimiques, Fair Planet entend réhabiliter l’agriculture familiale et écologique, en prouvant qu’elle peut permettre aux familles de producteurs de vivre dignement. Une vraie gageure quand on sait que le soja transgénique, réputé à hauts rendements, rogne à vitesse grand V sur les cultures de la zone.
=> Comment Fair Planet travaille-t-elle avec ses producteurs?
- Un prix juste garanti : Il est défini avec les producteurs avant de semer, en s’appuyant sur une évaluation des coûts réels de production, faite avec des agronomes. Pour la récolte 2007, il se situe à 175% du prix du marché. - Le préfinancement des récoltes : à hauteur de 30% de la valeur prévisionnelle de la récolte (cette avance permet au producteur de couvrir ses charges) - L’accompagnement des producteurs de la Coopercoagel dans leur conversion vers l’agriculture biologique : Fair Planet a mis les producteurs en relation avec des agronomes spécialistes de l’agriculture biologique
Par ailleurs, Fair Planet a donné l’impulsion à la certification équitable de la Coopercoagel, actuellement réalisée par FLO (à propos de FLO, voir notre article sur DOLE)
Le témoignage de Valdecir José Sigoli, président de la Coopercoagel
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Valdecir possède 6 ha de coton et entame sa 3ème année de conversion. La culture du coton : «Les graines sont semées en octobre et la récolte se déroule en février-mars, et se fait à la main. De mars à octobre, je cultive d’autres produits sur mes terres, comme le blé ou le mil. Je n’irrigue pas mes terres, car l’eau des pluies est suffisante.» Pourquoi s’est-il converti à l’agriculture biologique ? « Pour plusieurs raisons : - Financièrement parlant, c’est plus intéressant - l’arroba (=15kgs) de coton conventionnel est vendu à 13,4 reals, celui en conversion à 18 reals, et le coton biologique à 24 reals. Les prix du biologique sont garantis, tandis que ceux du conventionnel ne le sont pas. Sans parler de la surproduction de coton traditionnel. - D’autre part, je ne veux plus manipuler des produits chimiques pour préserver ma santé » Est-il satisfait ? «Je suis heureux de préserver ma santé et celle des autres. Pour l’instant, je ne gagne pas plus qu’avant parce que mon rendement est trop faible. Je dois apprendre à améliorer mon rendement, et j’espère y arriver grâce à l’accompagnement technique qu’a mis en place Fair Planet. Les producteurs de coton conventionnel nous regardent avec beaucoup d’attention, de ce qui se passera avec nous dépendra leur adhésion à l’agriculture biologique, ou pas…On est un peu les pionniers, ceux qui prennent le risque.» |
Sortir des couturières de la précarité Pour la confection des habits, Fair Planet a choisi de faire appel à des couturières de Petrópolis, une ville textile de l’état de Rio, connue pour les faillites retentissantes d’importantes usines textiles dans les années 1970. Depuis, le secteur, en crise, ne peut plus absorber toute la main-d’œuvre disponible. Aussi, les couturières de la région n’ont-elles pas eu d’autre choix que d’accepter des commandes ponctuelles et irrégulières à des prix sacrifiés, et au noir, le plus souvent. Fair Planet travaille avec des couturières indépendantes en situation précaire. A l’origine, en septembre 2004, ce sont 8 couturières qui se sont regroupées pour travailler avec l’entreprise.
=> Comment Fair Planet travaille-t-elle avec les couturières ?
- un prix juste par pièce : le prix de confection, à la pièce, est calculé avec les couturières en fonction de leurs coûts, en se donnant un objectif de salaire digne. Il est réévalué tous les 6 mois et se situe en moyenne à 90% au dessus du prix habituellement pratiqué à Petrópolis - Visibilité sur le long terme : Fair Planet s’engage contractuellement sur un montant minimum de commandes annuelles et sur un montant minimum de paiement mensuel. Concrètement, cela signifie lorsqu’il n’y a pas de commandes, les groupes de couturières reçoivent entre 500 et 3000 reals par mois d’avance sur les commandes à venir, de sorte de leur assurer une stabilité de revenu. Cette sécurité leur permet de couvrir leurs coûts fixes et les encourage à embaucher et louer un local. - Accompagnement technique : une ONG, « Onda Solidaria » a été créée pour accompagner les couturières dans le renforcement de leur autonomie (dans la négociation, dans le calcul de leurs coûts). L’ONG achète le coton, organise sa transformation en tissu, et fournit les patrons aux couturières. - Micro-crédit pour l’achat de machines à coudre - Prime de développement : Fair Planet finance la cotisation au système public de prévoyance (assurance maladie et retraite). En d’autres termes, les couturières ne travaillent plus au noir !
Volontairement, Fair Planet refuse d’acheter plus de 40% de leur production. L’entreprise souhaite qu’ «elles soient maîtresses de leur propre développement, qu’elles aient d’autres clients, et qu’elles décident par elles-mêmes de ce qu’elles font de leur argent », nous explique Thomas.
le témoignage de Sandra, couturière Fair Planet
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  "Cela fait un an et demi que je travaille avec Fair Planet. J’ai monté un petit atelier chez moi, et nous sommes 4 couturières. Grâce au fonds de micro-crédit de Fair Planet, nous avons pu acheter une machine à coudre supplémentaire. Je travaille aussi avec d’autres clients, mais ils ne me payent pas très bien : entre 1,30 et 1,50 real la pièce, quand Fair Planet me paye entre 2,2 et 8,8 reals la pièce".
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Des partenaires industriels mûrement choisis Le choix des industries de transformation de la filière n’est pas laissé au hasard non plus. L’entreprise sélectionne systématiquement des organisations qui respectent a minima les réglementations du Bureau International du Travail. C’est le cas des usines de filage, de tricotage, de teinture et de sérigraphie.
   photos : filage, sérigraphie et teinture
Par ailleurs la teinture emploie des procédés écologiques. D’autre part, Fair Planet a pris soin de limiter l’éloignement géographique entre chaque étape de production afin de limiter les émissions de CO2. Enfin, l’entreprise de gestion de l’entrepôt de stockage, en Seine-Saint-Denis, est une entreprise d’insertion. (cf article Sineo) Quand on vous disait que rien n’était laissé au hasard !
Des premiers résultats encourageants
Aujourd’hui, Fair Planet travaille avec 40 couturières regroupées en 6 ateliers. Elles ont gagné en stabilité économique et leurs revenus se sont améliorés. Le bilan est moins facile à établir pour les producteurs de la Coopercoagel, même s’ils sont régulièrement rejoints par de nouveaux producteurs. Beaucoup ne savent pas encore si la conversion va être payante, mais tous s’accordent à dire qu’elle est bénéfique pour leur santé, car ils ne sont plus en contact avec les produits chimiques. En outre, un des avantages est la stabilité des prix, comme dans le cas des bananes bio au nord du Pérou. Il est encore trop tôt pour savoir si la rentabilité de l’opération est intéressante pour les producteurs, leur rendement n’étant pas encore stabilisé.
De l’ambition pour l’avenir
Chez Fair Planet, on voit grand. Depuis sa naissance il y a 36 mois, le chiffre d’affaires croît de 100% par an (pour s’établir autour de 500k€ en 2007). Certes, la rentabilité n’est pas encore au rendez-vous, et l’entreprise fait face à un besoin en fond de roulement très important (du fait du préfinancement des récoltes et des avances sur commandes aux couturières). Mais elle compte sur une prochaine levée de fonds pour sécuriser sa croissance, ainsi que sur l’extension du commerce équitable en France. Et elle y participe activement : création de l’AME (association pour une mode équitable) avec d’autres marques comme Veja et Ideo, participation à des groupes de travail sur la thématique équitable, dans le cadre de la PFCE (Plateforme Française pour le Commerce Equitable) et du réseau IFAT. Car la priorité aujourd’hui est bien d’ «ouvrir de nouveaux marchés ».
Le message de Thomas :
*Nos remerciements les plus chaleureux à Ombelline Jeanneney pour ses talents d’interprète*
Sources :
- entretien avec Valdecir, président de la coopérative Coopercoagel, le 16 novembre 2007 à Goioere (Brésil) - entretien avec Ana Beatriz Karl Pitzer, responsable qualité, Vanderlei Santos Silva, tous les deux salariés d’Onda Solidaria et avec Sandra, une des couturières le 23 novembre 2007 à Petrópolis (Brésil) - entretien avec Thomas Favennec, directeur adjoint de Fair Planet, le 7 février 2008 à Paris
Où trouver les vêtements TUDO BOM ?
Crédits photos : Fair Planet, Alter Case
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